Yvette

 

Yvette

(personnage créé pour une amie)

 

Je ne sais pas si vous connaissez Yvette?
Pourtant c'est une personne qui fait un métier d'utilité publique.
Mon Yvette à moi elle trône, oui, comme une reine, dans un endroit réservé aux dames chez Carrefour.
Tous les matins, un peu avant neuf heures elle arrive en trottinant, son grand fourre-tout à la main.
Depuis trente ans, elle fait le même trajet en bus qui l'amène à deux pas du Carrefour.
Yvette ne donnerait sa place à personne au monde, il faut comprendre: elle a reçu la médaille de 25 ans de bons et loyaux services à l'humanité en besoin.
Elle s'installe dans son petit salon à l'entrée, place une sous-tasse sur la table, puis elle met bien en évidence une étiquette "0,60".
Yvette a ses petites manies, elle sort d'abord son thermos de café et en verse dans sa grande tasse.
Une tasse personnalisée: sa photo devant Mannekenpis à Bruxelles.
Yvette y tient à sa tasse, c'est son mari défunt qui lui a offert pour leurs quarante ans de mariage.
Après avoir bu son café, elle met son petit tablier noir et se met à l'ouvrage.
Elle vérifie si tout va bien en ouvrant toutes les portes, papiers par-ci, sachets par-là.
Yvette est très méticuleuse, rien ne peut trainer par terre et tout doit être propre, aussi elle remplit les petits bidons de savon pour les mains,
elle essuie les éviers, les robinets, elle les fait même briller avec un chiffon spécial de chez Carrefour "brille sans frotter".
Yvette est tellement méticuleuse qu'elle a décrété que les essuie-mains déroulant n'étaient pas hygiéniques.
Elle a demandé au directeur de son salon de lui fournir des appareils pour sécher les mains.
Ils sont arrivés la semaine passée alors évidemment, elle les teste: un peu de savon, les mains sous le robinet qui est automatique, oui c'est nouveau aussi, il suffit d'avancer les mains vers le robinet et l'eau coule; l'ennui c'est qu'il faut laisser les mains sous le robinet jusqu'à ce que l'écoulement s'arrête. YVette s'en fiche, elle a toute la journée devant elle.
Ensuite, et là c'est le summum, elle glisse les mains en aller-retour dans une machine soufflante: 18 secondes et les mains sont sèches!
La voila prête pour l'arrivée des artistes. Maintenant, elle ne va plus chômer une seconde, les portes sont ouvertes et elles vont claquer toute la journée.
Biling dans la sous-tasse, "Madame, il manque 0,10 cent".
Yvette se lève et d'un pas ferme, comme il y a trente ans, s'en va faire son travail: un petit coup de chiffon humide, et hop au suivant.
Au bout de deux heures de claquement de portes, Yvette prend son balai "si vous saviez comme les gens sont sales, ils ne ramasseraient même pas les papiers par terre".
De temps en temps, elle monte le ton "veuillez tirez la chevillette, svpl." Ah ça, Yvette est à cheval sur ce principe, elle n'en démord pas.
Elle aime son travail parce qu'elle est en contact avec les gens toute la journée. Les gens, c'est sa passion. Ils lui racontent leur vie, parlent de leur chien qu'ils ont du laisser à la maison, Yvette sait ce que c'est puisqu'elle ne peut pas prendre César dans son salon.
En fait, Yvette n'a même pas besoin de lire le journal, les gens lui racontent tous les malheurs de la terre.
Comme elle a un coeur d'or, elle les écoute, les console et parfois même elle ferme les yeux et les oreilles sur sa sous-tasse.
Les gens l'aime bien Yvette, les habitués lui offrent des pralines de chez Carrefour, parfois on lui apporte un petit gâteau.
Tous les jours, dès 19h, elle commence le grand nettoyage de son salon, toutes les portes grandes ouvertes elle lave à grande eau, elle tire à toutes les chevillettes.
Avec son chiffon "brille sans frotter", elle fait tous les éviers, les robinets, elle déballe des rouleaux et des rouleaux.
Yvette aime bien quitter son travail l'esprit tranquille, quand elle ferme la grande porte de son salon, tout doit briller.
Elle enlève son tablier, remets son thermos dans son fourre-tout, elle a déjà ramassé les pièces depuis longtemps, ils sont en lieu sûr, c'est son seul gagne-pain.
Mais il y a une chose qu'Yvette ne supporte pas:

c'est qu'on l'appelle Madame pipi.

Maribel, le 26 avril 2012

 

 

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