Le Noël d'une mère (conte)

 

Le Noël d'une mère

Elle était bien triste, Suzanne, en cette semaine avant Noël, elle n'avait pas le coeur à fêter.
Son mari s'était suicidé trois mois plus tôt lorsque leur fils, Antoine, avait été condamné. Oh, il n'avait tué personne de sang froid, il était sain d'esprit et même très intelligent. Un emploi d'informaticien dans une grosse boîte depuis la fin de ses études, une petite amie avec qui il envisageait de se marier au printemps.
Le destin lui avait coupé les ailes, un soir, après une journée rude. Il venait de neiger, la route était glissante, il avait freiné pour éviter un motocycliste. La voiture avait fait quelques tours avant de se jeter sur un cycliste. Le pauvre jeune homme était mort sur le coup.
Antoine avait passé quelques jours à l'hôpital avant d'être incarcéré pour meurtre involontaire.
Suzanne était meurtrie dans sa chair de mère, son pauvre petit garçon emprisonné, il ne méritait pas cela.
Chaque jeudi, elle rendait visite à Antoine qui maigrissait à vue d'oeil, il ne voulait pas se plaindre devant sa mère. Pourtant, depuis un mois, il avait un compagnon de cellule; un récidiviste de meurtres volontaires. Celui-ci avait subit bien des coups de la part des autres prisonniers et le directeur avait décidé de le mettre dans la même cellule qu'Antoine.
Jeannot n'était pas un enfant de choeur, il avait tué son père et sa mère pour les voler. Après quinze ans de prison, il avait été relâché pour bonne conduite. Une semaine plus tard, il tuait un bijoutier et voilà pourquoi il avait réintégré la prison.
Antoine souffrait beaucoup de sa présence car Jeannot était rustre et grossier. Il harcelait sans cesse Antoine pour qu'il lui donne de l'argent.
Suzanne venait ce jeudi avant Noël apporter cadeaux et gâteaux qu'elle avait confectionné pour son fils, il y avait une part pour Jeannot.
On la fit attendre dans le parloir et, quand le directeur arriva près d'elle, son coeur s'arrêta de battre un instant. Ce n'était pas comme cela que ça se passait d'habitude. C'était son fils qui venait la trouver dans le parloir.
Le directeur fit assoir Suzanne et d'un ton feutré lui asséna la nouvelle : Antoine avait été tué par étouffement par Jeannot.
Suzanne s'écroula par terre. Elle se réveilla la nuit de Noël dans un lit d'hôpital. Elle ne se souvenait de rien, pourquoi était-elle dans ce lit ?
L'infirmière lui remit les évènements en mémoire, alors Suzanne put pleurer toutes les larmes de son corps.
Plus personne, elle n'avait plus personne, elle se retrouvait seule en cette nuit de Noël.
Dans la chambre voisine, la radio chantait des airs de Noël.

© Maribel

 

 

 

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