Mes noëls d'antan

 

Mes noëls d'antan

C'était il y a bien longtemps, si longtemps, mais j'en ai gardé de beaux souvenirs.
Le grand Saint Nicolas était passé comblant les quatre enfants de cadeaux bricolés par Papa.
Décembre était un beau mois pour nous les enfants, la neige arrivait à grands pas.
C'était aussi le temps de faire la couronne de l'Avent qui devait tous nous éblouir.
Les frères coupaient les branches de sapins, ma soeur et moi faisions la garniture.
Maman avait prévu les quatre bougies rouges, les rubans dorés et des fruits de la nature.
Le premier dimanche de l'Avent nous pouvions allumer la première bougie, on l'éteignait le soir.
Chaque dimanche avant noël, nous allumions les trois autres et les admirions dans le noir.
Durant le mois de décembre on nous avait appris qu'il fallait faire plaisir aux autres.
Pas question de se disputer pour des queues de cerises c'était une chose bien acquise.
Je ne me souviens pas de la façon dont le sapin arrivait à la maison, nous n'avions pas de voiture.
Je pense que Papa l'achetait en rentrant du bureau et, le trainant, l'apportait à sa progéniture.
Chaque année Maman ramenait de la ville quelques boules ou bougies pour étoffer le sapin.
Nous ne connaissions pas alors les guirlandes lumineuses qui font à présent la joie des bambins.
Nous aimions à l'époque les boules de toutes les couleurs, c'étaient celles qui faisaient notre bonheur.
Guirlandes et cheveux d'anges se déroulaient et s'accrochaient dans les branches selon notre humeur.
Huit jours avant noël, Maman sortait la crèche, bien emballée au grenier, c'était de noël, la féerie.
Le petit Jésus ne pouvait venir que le 24 décembre à minuit, nous mettions en place St Joseph et Marie.
Il y avait l'âne et le boeuf pour réchauffer Jésus, les bergers, les moutons et les rois mages au loin.
Durant cette dernière semaine de l'Avent, chaque soir devant la crèche nous faisions notre prière.
Enfin le plus beau jour arrivait, la veille de noël et la messe de minuit, les chants et les lumières.
Pour nous cette nuit était magique, on déposait le pain et l'eau sur la fenêtre avant de se rendre à l'église.
Cela devait nous préserver des maladies pulmonaires durant toute l'année ainsi que nous prémunir de la mouise.
Très souvent nous étions endormis avant la fin de la messe et c'est bien fatigués que nous rentrions
à la maison manger un morceau du pain, boire un peu d'eau, et savourer les bouquettes confectionnées par Maman.
Pas de jouets, pas de bonbons, Saint Nicolas était venu faire plaisir aux enfants.
Quelques oranges ou clémentines, enveloppées dans du papier d'argent étaient déposées sur les assiettes.
Notre plus grande joie était de pincer les pelures au-dessus des bougies, de belles étincelles tombaient sur nos serviettes.
Le 25 décembre était réservé aux grands-parents qui, tout joyeux, attendaient leurs petits-enfants.
Mamame avait aussi fait ses bouquettes, des mandarines pour les petits et le pekèt pour les grands.
C'était la fête, chacun lançait sa chansonnette, et fatigués nous retournions tous heureux.
C'était il y a bien longtemps, mes noëls d'antan.

Maribel, le 6 décembre 2010



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